BRUNEAU Michel

Chinon 28 février 1805 – Pas-de-Jeu 20 décembre 1913
Fondateur du 1er Journal Loudunais

Quand on évoque la presse on pense tout naturellement à Théophraste Renaudot, créateur du 1er journal « La Gazette « le 30 Mai 1631.
205 ans après lui, un imprimeur loudunais, Michel Bruneau, ayant succédé à son oncle Challuau-Jamain, se souvint de son illustre compatriote et créa le 1er Mai 1836 le 1er journal imprimé à Loudun « Le Journal de l’Arrondissement de Loudun, Affiches et Avis divers » qui portait en exergue la devise suivante: « Point de politique, Point de personnalités, Point d’articles anonymes ». Ce journal paraissait le 1er et le 15 de chaque mois.
Michel Bruneau était né à Chinon, le 28 Février 1805. Son père Michel marchand épicier, était né à Varenne sur Loire, près de Montsoreau, le 12 Novembre 1772 et sa mère Marguerite Jeanne Jamin, à Beuxes, le 12 Juin précédent. Il mourut le 19 Janvier 1821 à bord de la frégate la « Cléopâtre » alors qu’il se rendait en Jamaique pour y acheter des épices.
C’est vraisemblablement à cette période que le jeune Michel Bruneau alla rejoindre son oncle Vincent Challuau à Loudun pour apprendre le métier d’imprimeur. Dans sa lettre du 30 Mai 1830 adressée à Son Excellence Monseigneur le Ministre de l’Intérieur, Vincent Challuau rapporte en effet que depuis 14 ans environ Michel Bruneau son neveu, travaille avec lui et que même depuis plusieurs années il conduit seul l’imprimerie. Avancé en âge, il supplie le Ministre d’accorder à celui ci les brevets nécessaires à l’exercice de son activité.
Quelques mois plus tard, le 30 Août 1830, Michel Bruneau obtint en effet les brevets de libraire et d’imprimeur en lettres. Il s’installe au n° 11 de la place de la Bœuffeterie.
Voici quelques unes des brochures qui sortirent alors de ses presses :
1) Notice relative à la cérémonie funèbre qui a eu lieu le dimanche 12 décembre 1830 en l’honneur du brave A. Chauvet (in-4°, de 7p)
2) Règlement pour la perception de l’octroi dans la ville de Loudun 1832. (in-4°, de 24p)
3) Urbain Grandier, ou les Religieuses de Loudun, drame historique en cinq actes, d’après un ouvrage de M. Alfred de Vigny, par M…. de Loudun 1836. (in-8°)
4) La Mothe Chandenier, poème latin, par Léonard Frizon, jésuite, an 1657, traduit par Amiet, prêtre, curé de Bournand, près Lamothe, an 1839. (in-8°, de 120p)
5) De l’Archéologie, opuscule qui est accompagné d’une vignette, d’un tableau synoptique de l’architecture religieuse au moyen-âge, de deux notices, l’une sur la Pierre Folle, l’autre sur l’église de Bournand et de deux dessins qui représentent ces monuments. Par Mr. Arnault- Poirier, membre titulaire de la Société des Antiquaires de l’Ouest 1845 (in-8°, de 44p)
6) Messe votive du Très Saint Sacrement, à l’usage des membres de la Confrérie du très Saint Sacrement établie dans l’église de Saint-Pierre de Loudun 1848 (in-32°, de 20p)
7) Un incrédule converti par A. Leduc s.d. (1851) in-8°, de 8p.
Le 16 Août 1830 il avait épousé Eugénie Rossignol. Désormais, le nom de celle-ci apparaît au côté de celui de son mari dans la raison sociale de l’entreprise.
En 1846, Michel Bruneau se voit menacer d’avoir un concurrent, Delecroix qui était déjà imprimeur-lithographe et libraire et qui demandait un brevet d’imprimeur-typographe pour exercer à Loudun. Bruneau-Rossignol dans une pétition fit, alors valoir le peu de ressources qu’offrait la ville de Loudun. Bien que travaillant seul il avait, disait-il, à peine de quoi s’occuper. Sa missive, appuyée par le Maire et le Sous-Préfet eut le résultat escompté. Il demeura seul imprimeur à Loudun.
Deux personnalités Loudunaises ont collaboré à la rédaction de son journal :
1) Arnault-Poirier déjà cité, né à Loudun le 7 Mars 1776, professeur et 1er régent de mathématiques au Collège de Loudun après la Révolution, collabora à ce journal pendant près de 10 ans en publiant le résultat de ses savantes recherches sur l’histoire de sa ville natale. Dans sa rubrique « La Galerie Loudunaise », on découvre tous les hommes illustres du Loudunais qui ont contribué à la notoriété de notre ville. Mr, Félix Dupuis, secrétaire de la Société des Anti- quaires de l’Ouest, note ainsi dans son rapport de l’année 1846 à propos de son érudit confrère : « Enfin, Messieurs, nous serions injustes de ne point faire état des études que notre collègue Mr Arnault-Poirier, de Loudun, a publiées sur l’histoire et les Antiquités de sa ville natale. Nous regrettons seulement que Mr Arnault-Poirier, au lieu de confier ses notes aux feuilles légères d’un journal peu répandu, et où il est difficile d’aller les recueillir ne les ait pas rassemblées en un volume, qui aurait présenté l’intérêt certain d’un travail méritoire, tout  » en empruntant à sa forme les éléments d’un succès durable ».
Il faisait évidemment allusion et à juste titre, au journal de Bruneau-Rossignol. En effet, à notre époque, qui possède le Journal de l’Arrondissement de Loudun où se trouve consigné le résultat des recherches historiques de notre éminent compatriote? Les journaux, en effet sont appelés, à plus ou moins brève échéance, à allumer le feu ou à envelopper les salades tandis qu’un livre a de principe, un avenir moins fragile. Toutefois, il est possible aux curieux de consulter l’ensemble de ses articles conservés en recueil aux Archives départe- mentales de la Vienne ainsi que la Bibliothèque Municipale de Poitiers auxquels Arnault-Poirier en avait fait le don.
2) Eugène Balleyguier qui était né à Loudun le 8 Juillet 1818 et qui prit pour pseudonyme le nom de sa ville natale, fut un littérateur et un journaliste de grand renom, Secrétaire parti- culier du Ministre Falloux puis Sous Bibliothécaire à l’Arsenal où il fut admis à la retraite comme conservateur honoraire, c’est dans la rubrique « La philosophie et la Science » qu’il a collaboré entre autres au Journal de l’Arrondissement de Loudun. Quand on pense à ces céli- brités qui ont prêté leur plume et leur talent à la rédaction du journal de Bruneau-Rossignol, on ne peut que regretter la disparition de ces témoignages, partis pour la plupart en fumée!… Plus de 500 numéros du Journal de l’Arrondissement de Loudun sont sortis des presses de son imprimerie. En avril 1858 Michel Bruneau cède son affaire à Ernest Mazereau et par lettre datée du 6 Avril 1858 il informe le Ministre de l’Intérieur de cette cession.
Il se retire alors dans le petit village de Pas-de-Jeu situé aux confins de la Vienne et des Deux-Sèvres et distant d’une dizaine de Kms de Loudun où ses anciens amis notamment le Dr Amirault viendront lui faire visite. C’est là qu’il fait construire une très belle demeure, près du Canal de la Dive, où il passera des jours heureux avec son épouse Eugénie qui disparaitra en 1871. Entouré de sa fille Eugénie épouse de Mr Emile Bernier, de son petit fils, Louis, futur pharmacien à Loudun, et de ses amis, Michel Bruneau s’éteindra, le 20 Décembre 1893, dans sa 89 années.

Jacques SERGENT